L'agriculture bio à l’époque du changement climatique

Dr. Andreas Fliessbach, FiBL, Ackerstrasse, 5070 Frick
Conférence donnée à l'occasion de l'AG à la Chaux-de-Fonds, le 12 mars 2010
Pascal Olivier présente le Dr Andreas Fliessbach du FiBL
Pascal Olivier présente le Dr Andreas Fliessbach du FiBL

Si l’on tient compte de la production, du transport, de la réfrigération et du traitement des aliments, le contenu de notre assiette est pratiquement responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre.

Mais la production alimentaire ne doit pas nécessairement porter préjudice au climat. La plupart des émissions directes de l’agriculture provient de l’élevage des animaux et de la fertilisation des sols qui a fortement augmenté au cours de l’intensification de la production agricole. La production industrielle d’azote est supposée nourrir presque la moitié de la population mondiale. Sans la synthèse Haber-Bosch il ne serait pas possible de nourrir une population de plus de 3 milliards. Suite à l’intensification de la production végétale, la consommation de viande a aussi augmenté, provoquant des émissions de trois à dix fois plus hautes comparées à celles des produits végétaux. Malgré cela, un milliard d’hommes souffre encore de la faim et plus encore sont mal-nourris. L’intensification de l’agriculture était-elle la solution ? Soit elle a encouragé la croissance de la population humaine, soit elle a détruit la base de leur existence.

On a calculé qu’actuellement un hectare peut nourrir 4.8 personnes comparé a 1.9 personnes avant l’invention de la synthèse de l’azote de Haber et Bosch en 1908. Mais parallèlement, l’intensification de l’agriculture, qu’on avait envisagée être la solution contre la faim, a battu la nature. Les problèmes d’érosion des sols, de perte de la fertilité naturelle ainsi que d’autres problèmes environnementaux sévères ont accompagné l’industrialisation de l’agriculture, ce qui n’a finalement pas amélioré la situation alimentaire. L’agriculture biologique (AB) n’a pas le rendement exorbitant qu’a la production industrielle, mais grâce à sa production extensive, elle a des avantages du côté de la protection de l’environnement, de l’efficacité d’utilisation des engrais et de la conservation de la biodiversité. De plus, l’AB a un vrai potentiel de réduction du CO2 dans l’atmosphère, qui constitue une des raisons de l’augmentation de la température au niveau mondial.

Grâce à la fertilisation biologique et à un assolement diversifié, le taux de matière organique est plus haut dans les sols de l’AB. Les essais au champ à long terme indiquent une séquestration de carbone d’à peu près 500 kg par an dans les systèmes biologiques comparés aux systèmes conventionnels. Cependant, la base de données est encore restreinte. L’utilisation du fumier, résultant de l’élevage animal, pour la fertilisation des sols permet d’augmenter leur teneur en humus. Mais d’un autre coté l’élevage est un grand émetteur de gaz a effet de serre, comme le CH4 qui a un potentiel 20 fois plus grand que le CO2, ou le N2O qui a un potentiel 300 fois plus grand. Dans l’AB, l’élevage est limité et certains labels interdisent les concentrés fourragers issus de surfaces défrichées provoquant des émissions importantes. Pour garantir la sécurité alimentaire mondiale il est nécessaire d’investir dans la production biologique et durable, et ceci spécialement dans les pays du sud, afin d’améliorer la qualité des sols et leur productivité agricole. En outre il faut valoriser le travail et la vie rurale et modifier les taxes de protection du marché des grandes puissances économiques mondiales pour garder la compétitivité de la production régionale.