Concours mondial du Varroa Toulouse France

Concours mondial du Varroa Toulouse France

Par John Kefuss, Toulouse le 23 novembre 2010

 

Pourquoi un concours du Varroa ?

De 1984 à 1991 nous avons aidé les chercheurs à tester divers produits chimiques contre Varroa destructor sur nos abeilles à Toulouse France. Pendant cette période, nous avons bien vu non seulement les avantages mais aussi les inconvénients associés au contrôle chimique. Il y a bien des chances que vous ayez utilisé ou même que vous utilisiez encore certains produits chimiques que nous avons aidé à tester (1).

Depuis 1993 nous sélectionnons les abeilles pour une faible réceptivité et une faible sensibilité à Varroa destructor en utilisant le « Bond Test » (2). Au fil des années, nous avons coopéré avec des collègues pour tester des races d’abeilles d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et d’Asie pour leur résistance à ce parasite(3,4,5).

En 1999, pour accélérer la sélection sur mes abeilles, j’ai arrêté tous les traitements chimiques. Ce ne fut pas pour moi une décision facile à prendre. Cela me prit 3 ans pour me décider. A l’époque, l’on me disait que j’allais tout perdre, c’est à dire « pas de traitements…, pas d’abeilles ». Cependant je préférais prendre ce risque plutôt que de continuer à exposer mes abeilles et encore plus important moi-même aux produits chimiques utilisés contre Varroa.

Comme je ne pouvais pas acheter des reines d’élevage tolérantes au Varroa, je savais que j’aurais à faire la sélection moi-même et , de plus, à développer de nouvelles méthodes pour tester. Je calculais que, si j’avais un taux de survie de 10%, je pourrais établir un programme d’élevage pour la résistance au Varroa. Comme éleveur de reines, je réalisais que si toutes mes ruches mourraient, je pourrais toujours acheter des paquets d’abeilles en Italie et revenir rapidement à la production de reines. Après peu d’années, j’avais « seulement » perdu 2/3 de mes ruches et, pour être honnête, j’étais heureux des résultats car bien meilleurs que les 10% ou moins escomptés.

Dès lors nous avons simplement multiplié chaque année par fécondation naturelle des reines vierges, filles des survivantes qui produisaient le plus de miel avec le moins de varroas, c’est à dire « la génétique de l’homme des cavernes ». Ces reines fournissent les faux bourdons tolérants au Varroa pour les fécondations futures.

 

Actuellement les populations de varroas sont basses et, sous nos conditions, il n’est pas économique de traiter. En d’autres termes nos abeilles sont tolérantes au Varroa. Le comportement hygiénique sous 24 heures s’est amélioré, la production de miel est correcte et les pertes hivernales de 15% sont inférieures aux 23% de ceux de la même région qui traitent (1,6). Aujourd’hui nous sommes revenus à la situation apicole d’avant l’arrivée du Varroa.

Cependant il y a un point dont vous devriez toujours vous souvenir. Pour cause de conditions environnementales différentes ce qui fonctionne pour nous peut ne pas fonctionner pour vous et vice versa. Donc il est important de sélectionner pour la résistance sous vos propres conditions tout en maintenant autant de variabilité génétique que possible.

Vous pouvez sélectionner pour la résistance sans connaître lesquels parmi les différents facteurs de résistance vous sélectionnez. Mon associée, Maria Bolt, m’a dit «  sélectionner pour la résistance, c’est comme voler dans un avion. Vous n’avez pas besoin de savoir comment le moteur fonctionne. Le fait important est d’arriver à destination. » Il est intéressant de compter de temps en temps dans le couvain operculé le nombre de varroas adultes, filles et immatures afin de voir comment progresse la sélection.

Mon impression est que la plupart des apiculteurs ne savent pas vraiment combien leur coûte les traitements et ils n’ont pas pris en considération les effets négatifs de ces produits chimiques sur leurs ruches. Dans la même logique, on aurait quelqu’un qui se tire une balle dans les pieds puis se plaint qu’il a un trou dans sa botte.

Un éleveur de reines me dit qu’il avait dû raccourcir ses vacances pour traiter contre le Varroa. Je lui ai répondu que s’il faisait de la sélection il pourrait économiser l’argent dépensé en traitements et amener sa femme en vacances plus longtemps. Un apiculteur du Canada m’a écrit que ça lui coûtait entre 10 et 15 dollars pour traiter chacune de ses 15000 ruches ( Pour cette somme, il aurait pu amener sa femme pour de très belles vacances. J’espère qu’elle lira cet article!).

Il est très important de maintenir tout le temps une pression constante de sélection sur les ruches . Mon gros problème pour le Varroa à ce jour est que nous n’avons pas assez de varroas. Ce n’est pas facile d’avoir des varroas vivants. J’ai mis, pendant deux ans d’affilée, une annonce dans un journal apicole français pour acheter des varroas vivants ; mais seulement deux personnes ont répondu. L’un m’a dit qu’il ne pouvait pas me fournir des varroas vivants car il venait juste de traiter. L’autre me proposa de venir chez lui et de collecter moi-même les varroas. Je voulais acheter des varroas vivants par milliers pour les vider dans mes ruches test afin d’être sûr que chaque ruche avait la même chance d’être infectée. Quelques années plus tard, par le service d’inspection vétérinaire de Toulouse je découvris que ce service avait reçu beaucoup d’appels de toute la France pour savoir ce qui se passait dans ma station d’élevage.

Dans les premières années après l’effondrement de la population de varroas, nous avons acheté à d’autres apiculteurs des cadres de couvain infecté par Varroa afin de réinfester les ruches. Maintenant nous obtenons gratuitement le Varroa de la part des autres apiculteurs en déplaçant nos ruches aux alentours pour la production de miel. Ceci réduit nos coûts en varroas et nous donne une pression de sélection meilleure et plus diversifiée dans les conditions de l’apiculture commerciale.

Le «Bond test » ou le « test vis ou laisse mourir » nous donne des résultats nets dans notre sélection contre Varroa mais par peur la plupart des apiculteurs (et des scientifiques) refusent de l’utiliser. En ce sens ce n’est pas un bon test. Pour eux, c’est comme si l’on apprenait à nager en sautant dans de l’huile bouillante. Pour cette raison, nous avons développé le « Doux Bond Test » qui permet la sélection tout en limitant les impacts financiers et surtout émotionnels du « bond test » (1).

Les éleveurs de reines ne sélectionneront pas pour la résistance au Varroa tant qu’ils n’auront pas « touché » un exemple avec leurs propres yeux (ou plus important encore avec leurs propres porte-monnaies). Ainsi nous devions trouver un moyen efficace de leur faire «toucher avec les yeux » nos résultats. Selon la première loi de Newton,« un corps reste en mouvement uniforme ou au repos jusqu’à l’apparition d’une force externe ». Notre problème alors était de trouver une force qui mettrait les yeux de ces « corps » au repos (apiculteurs et scientifiques) en mouvement. Pour ce faire, nous avons créé le Concours mondial du Varroa en utilisant l’argent comme « douce » incitation.

 

MATERIEL ET METHODES

Des annonces ont été publiées dans les journaux apicoles à travers le monde invitant apiculteurs et scientifiques au « Concours Mondial du Varroa », près de Toulouse France (Fig.1). Plus de 600 ruches étaient situées dans une zone de 40 km de large sur 150 km de longueur Nord-Sud, exposée aux infestations par Varroa du fait des autres apiculteurs. Les compétiteurs choisirent leurs ruches au hasard et le temps qu’ils voulaient passer à contrôler les varroas adultes sur les abeilles et dans le couvain. Chacun eut une explication détaillée de nos techniques de sélection justifiées par des données, de sorte que, s’ils le souhaitent, ils puissent essayer nos méthodes à leur retour chez eux.

Pour inciter une participation maximale d’apiculteurs et de scientifiques, un centime (en euro) serait payé pour chaque varroa trouvé mort ou vivant selon la maxime « Mets ton argent où est ta bouche » .Un budget de 100 centimes était prévu pour couvrir le coût de tous les varroas qui se trouveraient. Un varroa femelle pèse entre 0,5 mg et 0,2 mg selon qu’elle est enceinte ou non (7). Cela fait 20000 à 50000 euros le kilo de varroas (environ 13000 à 32000 US dollars par livre). De plus , gratuitement, l’on fournissait les repas et aussi la paille pour dormir.

 

RESULTATS

Vinrent cinquante cinq concouristes de France, Allemagne, Chine, Angleterre, Pays de Galle, Pologne, Ecosse, Etats Unis, Maroc, Suisse, Suède et Espagne. Ils ont eu besoin de 100+ heures d’inspection pour trouver 109 varroas ( Fig 2). Le budget prévisonnel était dépassé de 9%.

Les vainqueurs furent Clive de Bryne ( Angleterre) 20 varroas, Seth Rick (USA) 17 varroas, Jose Manuel Docampo Rovetro ( Espagne) 16 varroas et Ralph Buchler ( Allemagne) 12 varroas (Fig.3&4).

Le concours a convaincu des apiculteurs et des scientifiques qu’ils pourraient utiliser le «  Doux Bond Test » dans leurs propres programmes d’élevage. Un scientifique, de retour en Chine, forma selon cette technique 400 apiculteurs. D’autres publient des informations sur le « Doux Bond Test » dans leurs journaux apicoles nationaux. Leurs « yeux avaient été touchés ».

4. DISCUSSION

La plupart des concouristes (même ceux qui n’avaient pas trouvé de varroa) furent contents de leurs résultats. Il fut suggéré que, vu l’effort demandé pour trouver un varroa, le paiement de un euro par varroa serait plus équitable mais encore insuffisant (ce qui ressort à 2 à 5 millions d’euros le kilo de varroas). Comme un programme de sélection avance, moins de varroas seront trouvés. C’est un point que les organisateurs des futurs Concours Mondiaux du Varroa pourraient considérer. De plus les clients potentiels pourraient ranger les éleveurs de reines selon le prix qu’ils veulent payer pour les varroas trouvés lors du Concours.

Quand Apimondia tient son congrès dans un pays, les apiculteurs de ce pays devraient organiser un « Concours Mondial du Varroa ». Le prochain congrès Apimondia a lieu en Argentine en 2011. Puis en Ukraine en 2013. Y a-t-il des apiculteurs en Argentine ou en Ukraine qui voudraient organiser le « Concours mondial du Varroa » ? Ce serait un bon moyen de montrer au monde ce que vous pouvez faire.

5. CONCLUSION

A un moment donné, les traitements chimiques étaient la seule option contre les varroas. Nous savons maintenant, à partir de projets d’élevage dans différentes parties du monde et à partir du nôtre, qu’il est possible de sélectionner les abeilles contre Varroa destructor. Pour cette raison, nous pensons qu’il est de la responsabilité morale de chaque éleveur d’essayer de sélectionner pour la résistance afin de réduire l’impact des produits chimiques dans les ruches. Nous devons cet effort aux générations futures d’apiculteurs ( Fig. 5).

 

Nous espérons que VOS « Yeux seront touchés ».

 

 

REFERENCES

1. Kefuss J., Vanpoucke J., Bolt M. and Kefuss C. (2009). Sélection pratique à la résistance au Varroa pour les apiculteurs. Dans le Programme Scientifique du 41ème Congrès Apimondia, Montpellier, p 82 ( voir www.apimondia.org)

 

2. Kefuss, J., Taber III, S., Vanpoucke J. and Rey F. (2003). Elevage pour la résistance au Varroa : Comment nous faisons. Article n° 187, XXXVIIIth Apimondia Congress, Ljubljana, Slovenia.

 

3. Koeniger, N., J. Schmidt, J. Wilde, J. Kefuss, J. Ducos de Lahitte, (1995). Test en Europe d’abeilles d’Uruguay pour la résistance au Varroa Pszczeln. Zeszyt. Nauk. 39(1): 121-131. [En allemand avec un résumé en anglais]

 

4. Kefuss, J., Vanpoucke, J., Ducos de Lahitte, J. and Ritter, W. (2004) Tolérance au Varroa en France d’abeilles Intermissa de Tunisie et de leurs descendantes fécondées naturellement :1993-1994. American bee Journal, v. 144 no.7: 563-568

 

5 Büchler, R., Berg, S., Kezic, N., Pechhacker, H., van Praagh, J., Bubalo, D., Ritter, W., Bienefeld, K. (2002) Projet insulaire en Croatie : Test de lignées d’abeilles d’Europe sur la tolérance à Varroa destructor ; Apidologie 33, 493-494

 

6.Britten, V. (2008) Pertes de Cheptel-hiver2007-2008, La Gazette de l’ADAM (18) December, Toulouse France, p.23

 

7. Sammataro, D. (2010) Communication personnelle de l’USDA Tucson Arizona

 

 

Figures

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1. Une image vaut mille mots, mais un varroa vaut  1 centime.

 

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2.Nous avons évité une grande bataille dans le rucher, nous n'avons pas inclus les résultats d'un groupe de 13 participants : Ils ont trouvé 12 varroas , mais n'étaient pas d'accord où ils avaient trouvé chacun d'eux.

 

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3. Champions du monde, 1ère place Clive de Bruyn (Angleterre) et 2ème place Seth Rick (USA) .

 

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4. Champions du monde, 3ème place Juan Manuel Docampo Rovitro (Espagne) et 4ème place Dr. Ralph Büchler (Allemagne) .

 

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5. Futurs experts apicoles ? Timothée and Geoffrey